Interview croisée de Fernand Georges (PME) et B12 Consulting (Prestataire en IA)

 

1. Qui êtes-vous ? Que faites-vous ?

B12 : Je suis Guillaume, je travaille comme « Data Scientist » chez B12 Consulting. Mon travail consiste à analyser les données de nos clients afin de les valoriser en répondant à des questions diverses, en effectuant des prédictions, ou encore en recommandant des actions. 

Fernand GEORGES : Je suis Eric, directeur général de la quincaillerie Fernand GEORGES. Mon travail est double : je m’assure au quotidien que le projet actuel de mon entreprise est bien mené ; je veille à conduire notre équipe vers des projets d’avenir afin d’assurer la pérennité et la prospérité à notre entreprise.
 

2. D’après votre expérience, quand et comment une PME belge prend-elle conscience de l’apport potentiel des technologies de l’intelligence artificielle pour améliorer certaines de ses performances ?

B12 : Une croyance établie consiste à penser que l’analyse de données est uniquement destinée aux grandes entreprises possédant des montagnes de données et que, par conséquent, il s’agit de quelque chose qui n’est pas accessible aux entreprises de plus petite taille. Ce cliché peut avoir la vie dure et peut empêcher certaines entreprises de prendre conscience de la valeur ajoutée que pourrait apporter l’intelligence artificielle (IA) dans le développement de leurs activités. Briser cette idée reçue est devenu un des chevaux de bataille de B12 Consulting car nous savons que les technologies de l’IA, si elles sont sélectionnées et développées avec expertise, peuvent représenter un réel atout pour des acteurs de toutes tailles, publics ou privés. 

Fernand GEORGES : Nous vivons une époque exceptionnelle par la rapidité des changements technologiques qui impactent notre vie et celle des entreprises. Pour une PME comme Fernand GEORGES, de taille modeste et pas naturellement à la pointe de la technologie, ces révolutions attendues constituent une menace. Tout entrepreneur connaît plusieurs exemples de société prospère balayée en une décennie par les conséquences d’une nouvelle technologie sapant la raison d’être de leur projet entrepreneurial (Kodak, Nokia…). C’est donc la crainte qui m’a poussé dans un premier temps à m’informer sur les technologies émergentes et sur les conséquences qu’elles pourraient avoir sur le sens de notre métier de distributeur. Je me forme en permanence au travers d’un réseau d’entrepreneurs curieux (l’APM). C’est lors de conférences organisées par l’APM sur le sujet de l’IA que j’ai compris ce que c’est, ce qui lui est possible, et surtout ce qui lui est impossible afin d’orienter mon entreprise sur des projets par lesquels nous pourrions nous distinguer de grosses puissances ayant accès à l’IA. Une fois que l’on s’y intéresse un peu, le regard change. La peur fait place à la curiosité et l’esprit entrepreneurial reprend le dessus en percevant aussi les opportunités que représentent les technologies de l’IA.
 

3. À quels enjeux business une PME veut-elle principalement répondre en faisant appel à l’intelligence artificielle ?

B12 : Le champs d’actions peut être très large ! En fait, dès qu’il y a de la donnée, on peut potentiellement utiliser de l’ « intelligence artificielle » pour pouvoir générer de la valeur. Les projets que nous avons et que nous continuons à mener à bien visent des applications aussi variées que l’amélioration d’un processus de production (ex : détection de défaut sur une chaîne de montage), l’analyse de données complexes  (textes, vidéos ou même images 3D), ou encore le développement d’outils de recommandation, comme c’est le cas pour la quincaillerie Fernand GEORGES.

Fernand GEORGES : Je n’en sais encore rien en fait ! Ce projet est pour nous justement l’opportunité de mieux comprendre comment l’IA se construit et s’utilise. C’est de la veille technologique. Des suites de ce projet naîtra peut-être une nouvelle opportunité de marché, par la mise au point d’un service novateur et sa mise à disponibilité grâce à la magie du web dans des régions où nous ne sommes physiquement pas présents. Mais je prends progressivement conscience que l’IA pourrait aussi nous aider à améliorer notre productivité pour des tâches répétitives de notre activité. Partout où les données sont disponibles en masse, le terreau pour l’IA est fertile.
 

4.    Avez-vous rencontré des freins internes ou externes pour vous « jeter à l’eau » ?

B12 : Comme expliqué précédemment, dans un monde où on nous parle des « Big Data » quotidiennement (notamment en ce qui concerne leur utilisation par les GAFAM), les gérants de PME peuvent penser que les applications de l’intelligence artificielle ne les concernent pas ou ne leur sont pas destinées. Un autre facteur bloquant pourrait être l’investissement financier parfois significatif que peut représenter le développement d’un tel projet, souvent de nature innovante. Il est pourtant possible aujourd’hui de définir des « business cases » dans un cadre limité, qui ne demandent que des investissements raisonnables et apportent néanmoins une grande valeur à l’entreprise bénéficiaire.

Fernand GEORGES : Je crois que le premier frein est la méconnaissance de ce qu’est l’IA et de comment elle se construit. Une fois que c’est compris, les possibilités et les opportunités sautent aux yeux. La croyance qu’il faut d’énormes moyens pour lancer un projet d’IA pourrait-être une autre barrière. Et enfin, savoir à qui s’adresser pour réfléchir à la faisabilité du projet.
 

5. Comment êtes-vous entrés en contact ? Avez-vous bénéficié d’autres soutiens pour mener à bien votre projet conjoint ?

B12 : La collaboration avec l’entreprise Fernand GEORGES a été rendue possible grâce à l’initiative Tremplin IA lancée par la Région wallonne. Celle-ci permet d’aider les PME wallonnes qui le souhaitent à développer des prototypes de nouvelles solutions d’IA visant à améliorer leurs performances.

Fernand GEORGES : Je ne crois pas au hasard… et pourtant. Sortant des études à Louvain-La-Neuve en juillet 2020, ma fille cadette a été engagée chez B12 pour son premier emploi. Curieux à propos de l’IA, j’ai essayé de comprendre par son biais quels budgets étaient engagés dans les projets dont elle entendait parler et me suis rendu compte que l’expérience était accessible à une PME de notre taille. Puis, lors des premiers contacts avec B12, l’existence de Tremplin IA a été mentionnée et cela a brisé les derniers freins au projet d’une première expérience.
 

6. Quelles sont les applications concrètes développées dans le cadre de ce projet-ci ?

B12 : La finalité de ce projet est de développer une application qui permet, sur la base d’une simple photo, de recommander la bonne serrure de remplacement (modèle, dimension, etc.) à des particuliers qui recherchent ce type de produit. Celle-ci permettrait d’avoir une solution en un clic à un problème qui peut rapidement s’avérer très technique pour monsieur et madame tout-le-monde.

Fernand GEORGES : En effet, Guillaume est dans le bon. J’ajouterais que c’est un service que nous rendons à ce jour à chacun de nos comptoirs (Gosselies, Alleur et Wavre). Mais le rayon de chalandise de nos points de vente n’excède pas 20km. Si l’application que nous envisageons de créer fonctionne bien, nous pouvons repousser bien plus loin la limite géographique de nos services. En collectionnant les photos des demandes auxquelles notre gamme actuelle de serrures n’apporte pas de solution, nous pourrions aussi rapidement adapter notre offre non seulement pour le marché local mais aussi, pourquoi pas, pour un marché international.
 

7. Les résultats en sont-ils déjà mesurables ? Le retour sur investissement apparaît-il à court terme ?

B12 : Nous avons déjà développé un prototype fonctionnel grâce à l’initiative Tremplin IA. Ce dernier a démontré la faisabilité technique du projet. Aujourd’hui, nous accompagnons Fernand GEORGES pour intégrer cette technologie dans ses canaux de vente afin de maximiser le retour sur investissement à court terme.

Fernand GEORGES : Je ne fonde pas d’espoir immense sur ce projet. Son succès dépend de la qualité de l’outil que nous développerons, puis de capacité à le faire connaître. Le marketing de masse n’est pas notre métier. Nous devrons encore beaucoup apprendre et oser. Mais qui sait ? Par contre, ce projet est très probablement la première pierre de l’usage de l’IA dans notre entreprise. Je suis certain que les possibilités sont énormes et que, plus nous l’utiliserons, plus nous trouverons d’usage à l’IA.
 

8. Fort de votre expérience commune, quels conseils adresseriez-vous aux PME qui hésitent à franchir le pas ?

B12 : Nous pensons que toute entreprise, quelle que soit sa taille, a potentiellement des opportunités d’intégrer des technologies IA dans ses activités. Mais afin de prendre conscience de ces opportunités, il est nécessaire de se faire accompagner par des partenaires expérimentés dans un processus de découverte et d’idéation qui mêle souvent des aspects techniques, commerciaux, humains et parfois éthiques. Une fois cette prise de consciente effectuée, il sera d’autant plus simple pour l’entrepreneur de définir des cas très concrets où l’intelligence artificielle peut apporter des solutions et d’envisager la meilleure voie à suivre pour les développer et les mettre en œuvre.

Fernand GEORGES : Être curieux, s’informer, oser. Et ne pas croire que l’IA est réservée aux grands ni aux très malins. Si vous avez des données (toute entreprise un tant soit peu informatisée gère des données), ou que vous pouvez en recueillir, l’IA vous est accessible et peut vous être utile.
 

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